Robe de bal bleue, 2000

Structure métallique, plâtre, toile, satin, bleus de travail. 157 x 183 x 274 cm

Robe de bal bleue se laisse voir de loin comme une apparition de soir de fête, échappée d’un film hollywoodien ou des pages glacées d’un magazine. Pour les aficionados de la mode, la silhouette du vêtement est familière et on peut aisément lui apposer une date: l‘ampleur de la jupe,le corsage ajusté sans bretelles, parlent de l’abondance retrouvée et des retombées technologiques de la guerre sur l’industrie de la mode durant les années 1950.

Mais dès que les visiteurs s’approchent, le mirage chatoyant du satin s’estompe et la robe se révèle fabriquée avec des bleus de travail dont les jambes entourent la corolle épanouie de la jupe comme autant de pétales alanguis. Dans un de ces courts-circuits rhétoriques que Blain sait toujours orchestrer avec force et simplicité, la grande tenue de réception et l’uniforme de la production se trouvent condensés. Recyclage et détournement d’un vêtement ouvrier, utilisé ici comme matière première, l’œuvre nous fait glisser du bal à l’usine, de la parure de fête au labeur de la manufacture, du singulier de la haute couture à l’habit générique de toute une classe de travailleurs.

– Johanne Lamoureux, Doublures, Musée national des beaux-arts du Québec 2003